Tout est parti d’une petite école de village
Vignette n’est pas née dans un incubateur ou autour d’un business plan. Elle est née, en partie, dans une petite école de village de la Drôme.
Nous y avions posé nos valises quelques années plus tôt, après huit ans passés à Paris, avec nos deux garçons et le projet un peu fou de retaper une vieille ferme. Marc était ingénieur informatique et développait des logiciels depuis quinze ans, à Paris et à Londres, notamment pour Orange, Aéroports de Paris ou Sky. Moi, Florie, j’étais passée de l’édition à la direction artistique puis au travail indépendant, avec une obsession tenace : écrire et illustrer des livres.
Un jour, Marc rejoint l’équipe des parents délégués de l’école et découvre que l’essentiel de la communication passe par Facebook.
Une petite école de campagne, quelques parents qui veulent échanger des informations et, au milieu, l’une des entreprises les plus puissantes du monde qui collecte leurs données, impose ses règles et décide qui voit quoi.
Quelque chose clochait sérieusement dans cette histoire.
D’autant que le problème était aussi chez nous.
Je dépensais une énergie folle à essayer de faire connaître mes illustrations : alimenter les réseaux, comprendre les algorithmes, mettre à jour un site dont j’avais oublié le fonctionnement… puis trouver encore du temps pour dessiner et écrire.
Deux expériences très différentes nous conduisaient au même constat : nous avions laissé quelques plateformes devenir les portes d’entrée de nos vies numériques.
Pour travailler, créer, vendre, militer ou simplement faire circuler une idée, il fallait accepter leurs règles. Leur confier nos contenus, nos données, nos communautés. Et espérer que l’algorithme soit de bonne humeur ce jour-là.
Et si nous pouvions reprendre la main ?
Pas seulement en créant un site internet. En construisant une véritable maison digitale.
Un espace qui nous ressemble et nous appartient. Un endroit où réunir son travail, ses idées, ses clients, ses lecteurs ou ses adhérents ; où publier, vendre et écrire directement à sa communauté. Un espace d’expression dont personne ne tire profit à notre place.
Marc s’est mis à coder jour et nuit.
Il travaille le code comme un artisan travaille sa matière, capable de reprendre vingt fois quelques lignes jusqu’à ce qu’elles soient exactement à leur place. Moi, je suis devenue sa première testeuse et j’ai conçu l’identité, les illustrations et l’interface de l’outil, avec une exigence simple : la technologie devait s’adapter aux gens, pas l’inverse.
En janvier 2024, Vignette était en ligne.
Et puisque nous construisions une maison digitale, nous avons voulu pousser la logique jusqu’au bout.
Une maison doit protéger ceux qui l’habitent. Elle doit leur appartenir. Et elle doit avoir des portes et des fenêtres.
Alors Vignette ne collecte aucune donnée personnelle pour en tirer profit et ne traque pas ses visiteurs. Les contenus peuvent être efficacement protégés des robots IA. Les sites sont français, légers et écoconçus.
Et cette maison n’est pas une île.
Les sites Vignette peuvent se relier les uns aux autres, se recommander, créer des chemins pour les visiteurs et renforcer mutuellement leur présence sur le web. Pas besoin d’un algorithme central pour décider qui mérite d’être découvert : nous pouvons aussi recréer du lien directement entre nous.
C’est peut-être là que se trouve l’idée la plus importante derrière Vignette :
la technologie devrait nous rendre plus libres, pas plus dépendants.
Et suffisamment simple pour savoir ensuite se faire oublier.
Nous voulons qu’une céramiste mette ses nouvelles pièces en ligne puis retourne à son atelier ; qu’une association écrive à ses adhérents puis retourne sur le terrain ; qu’une illustratrice publie une image puis retourne dessiner.
Depuis, Vignette a grandi et nous ne sommes plus seuls.
Des artistes, des indépendants, des entreprises et des associations ont commencé à construire leur présence en ligne avec Vignette. Leurs besoins nous poussent à aller plus loin, à imaginer de nouvelles fonctionnalités, à renforcer l’outil. Peu à peu, ce qui était né d’une expérience personnelle devient un projet beaucoup plus vaste.
Nous voulons contribuer à construire une véritable alternative aux plateformes qui dominent aujourd’hui le web.
Un Internet plus décentralisé, où nous ne soyons pas condamnés à louer notre visibilité à quelques multinationales. Plus sobre, parce que nos ressources ne sont pas infinies. Plus respectueux de notre vie privée. Plus accessible. Et surtout plus libre, pour que chacun puisse créer, travailler, partager ses idées et rassembler les autres sans abandonner ses convictions en chemin.